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par Mme Evelyne VANDINI

DEM 1999-2000


SOMMAIRE

Introduction

I – L’introduction du saxophone dans la musique classique par Marcel MULE

         A / Le saxophone dans la musique classique avant MULE

                   1 – Le « rejet » du saxophone par l’orchestre classique

                   2 – L’orchestre militaire : tremplin du saxophone

         B / Marcel MULE et le renouveau du saxophone classique

                   1 – Bibliographie de Marcel MULE

                   2 – Les activités de Marcel MULE

                        a – le quatuor

                        b – la classe de saxophone du CNSMP

II – Les apports musicaux et techniques de Marcel MULE

         A / Le saxophone dans la musique classique avant MULE

                   1 – Comment Marcel MULE est venu au vibrato

                   2 – La technique du vibrato

         B / L’évolution du saxophone : de SAX à MULE

                   1 – de SAX

                   2 – à MULE

Conclusion

Bibliographie

INTRODUCTION

Si Adolphe SAX n’était pas né à Dinant en Belgique, nous ne connaîtrions certainement pas le saxophone.

En effet, le nom de Dinant est associé à la « Dinanderie », c’est-à-dire à une production d’objets en laiton coulé, remplacée plus tard par le travail artistique du métal en feuille par martelage.

Charles-Joseph SAX, père d’Adolphe, est nommé facteur de la Cour de Guillaume 1er d’Orange, qui lui confie le soin de réaliser les instruments, pour les orchestres de l’armée nouvellement créés. Adolphe suit les traces de son père, tout en étant élève au Conservatoire de Bruxelles, et devient un excellent flûtiste. Il s’initie à la clarinette sous la direction de BENDER, chef d’orchestre militaire.

Il crée et perfectionne des instruments tels que le sarrussophone, la clarinette basse, les saxhorns, … .

Le sarrussophone est un instrument à perce conique et à anche double.

Visuellement la clarinette basse, à laquelle SAX a contribué, est très proche du saxophone. La clarinette basse et le saxophone sont la sœur et le frère de la "révolution" acoustique opérée par SAX.

En 1841, SAX créé un nouvel instrument en métal avec une résonance plus forte, qu’il appellera saxophone. Son but étant d’avoir « la flexibilité des corde, la variété de ton des bois et la puissance des cuivres ». La même année à l’exposition de Bruxelles, il présentera son invention à une audition semi-officielle. En installant un rideau entre lui et le public, il permit à celui-ci d’écouter l’instrument sans le voir, ce qui fit taire les rumeurs de plagiat.

Saxophone Alto fabriqué par Adolphe SAX en 1860

Ambitieux et n’obtenant pas la consécration voulue en Belgique, Adolphe SAX part à la conquête de Paris. Sa réputation y est déjà solidement établie pour preuve cet extrait d’une lettre du compositeur HALEVY :

« Hâtez-vous de terminer votre nouvelle famille d’instruments et venez en aide aux pauvres compositeurs qui cherchent du nouveau et au public qui en demande ».


Le premier saxophone est breveté à Paris le 21 avril 1846. L’inventeur explique :

« On sait que les instruments sont trop durs ou trop mous en sonorité. J’ai voulu créer un instrument qui, par le caractère de sa voix, pût se rapprocher des instruments à corde mais qui possédait plus de force et d’intensité que ces derniers ».

C’est donc par définition un instrument de musique qui était destiné à se produire dans des fanfares militaires.

Par la suite, Adolphe SAX réalisa 14 tailles différentes de son instrument, dont la moitié seulement est encore utilisée aujourd’hui. On distingue en effet en partant du plus aigu le saxophone sopranino, le soprano, l’alto, le ténor, le baryton, le basse et le contrebasse.

Hector BERLIOZ a encouragé Adolphe SAX et composé des œuvres pour saxophone. D’autres compositeurs classiques ont porté l’instrument dans les orchestres classiques. Mais le saxophone n’a pas sa place dans les formations classiques car il est trop récent.

Aux Etats-Unis après la guerre de Sécession (1861-1865), on créa nombre de chansons et de balades, le blues dans sa forme moderne allait naître. La musique des orchestres à cordes, des orchestres de cuivre et des pianos de bastringues s’impose. Le cake-walk, puis le ragtime firent leur apparition. Ces divers courants s’unirent au début du XX ème  siècle pour former une nouvelle musique que l’on appellera le jazz. C’est vers 1850 que s’implante l’instrumentation moderne (avec SAX) qui se rapproche de la voix humaine. Le saxophone est cette voix qui permet au peuple noir de s’exprimer.

Le jazz naît à la New Orléans et se répand à partir de 1917 dans tout le pays. Le style « New Orléans » va triompher. C’est avec les soldats américains qui vont combattre sur le front lors de la première Guerre Mondiale que le jazz débarque en Europe. Ainsi, le saxophone est entré dans les mœurs musicales.

Au départ instrument d’harmonie militaire, adopté par les noirs américains, le saxophone aurait pu stopper son évolution. Mais c’était sans compter sur l’influence de Marcel MULE.

En effet, il a introduit le saxophone au sein de la musique classique (I) et a fait évoluer l’instrument tant au niveau musical que technique (II).


I – L’introduction du saxophone dans la musique classique par Marcel MULE

Marcel MULE a permis au saxophone d’obtenir la place, qui est la sienne, dans la musique classique (B). Il est intéressant d’examiner au préalable la place du saxophone avant MULE (A).

       A / Le saxophone dans la musique classique avant MULE

1 – Le « rejet » du saxophone par l’orchestre classique

Arrivé trop tard le saxophone aura connu un relatif échec au sein de l’orchestre classique. Dans leur ouvrage Histoires du saxophone, Yves et François BILLARD en donnent deux raisons essentielles :

-         tout d’abord, la formation type de l’orchestre romantique était déjà figée. Le premier quart du XIXème siècle avait vu croître les orchestres en effectif et en volume sonore par rapport à la formation classique de type « Haydn ou Mozart », avec l’adjonction des vents : flûtes, clarinettes, trompettes, trombones et tubas. En 1830, les institutions de l’époque furent conduites à estimer que l’orchestre symphonique était suffisamment ample et équilibré. Le saxophone arriva donc dix ans trop tard malgré le soutien d’Hector BERLIOZ et de MEYERBEER ;

-         par ailleurs, le niveau des instrumentistes était médiocre. Pourtant vers 1880, THOMAS, MASSENET, CHARPENTIER, d’INDY, BIZET, SAINT SAENS et R. STRAUSS s’intéressent au saxophone. Mais la pénurie de saxophonistes compétents conduit les compositeurs à indiquer des « à défaut » à côté des solos pour saxophone. Le saxophone n’apparut donc pas indispensable aux compositeurs.

2 – L’orchestre militaire : tremplin du saxophone

Contrairement à ce qui s’était passé dans les formations classiques, la refonte des orchestres militaires intervint juste après l’invention du saxophone, et lui fut donc favorable. La musique militaire était quasiment à l’abandon en France jusque vers 1830. C’est alors que la réforme s’organisa : le Gymnase Musical Militaire fut créé, Adolphe SAX y enseigna à partir de 1847. Dans la composition des orchestres des divers régiments, le saxophone était représenté : l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie. Peu à peu il s’imposa en Belgique, aux Pays Bas, aux Etats-Unis,… .

Ce n’est qu’à partir des années 20 et du travail de Marcel MULE que le saxophone va réellement trouver sa place dans la musique classique.


       B / Marcel MULE et le renouveau du saxophone classique

Marcel MULE à 8 ans

1 - Bibliographie

Marcel MULE est né le 24 juin 1901 à Aube dans l’Orne. Son père lui apprit le saxophone à l’âge de 8 ans, le violon à 9 ans et le piano à 11 ans. Jusqu’à l’âge de 13 ans, il jouera alternativement de l’un ou de l’autre de ces instruments. Il remporte à l’âge de 11 ans le concours CMF et à 13 ans un concours à Rouen.

Ses études musicales sont interrompues par le manque de temps, son père voulant qu’il devienne instituteur. Il entre à l’Ecole Normale d’Instituteurs d’Evreux en 1917.

Après avoir été nommé instituteur, il reprend la musique en tant qu’amateur.

Il effectue son service militaire dans la musique au 5ème Régime d’Infanterie, où il tient le poste de soliste pendant deux ans. Il reprend l’étude du violon, de l’harmonie, du contrepoint et de la fugue.

A 21 ans, il rencontre François COMBELLE, soliste de la Garde Républicaine, le plus brillant saxophoniste de l’époque. En 1923, il entre à la Garde Républicaine, deux mois plus tard F. COMBELLE se désiste de son poste, Marcel MULE le remplace et devient ainsi soliste de la Garde Républicaine où il restera jusqu’en 1936. A l’époque, le saxophone se joue comme la clarinette, sans vibrato.

MULE joue également dans les orchestres de variété, de music hall et de jazz. C’est dans ces formations que Marcel MULE prend conscience de la place du vibrato et l’intègre dans sa façon de jouer. ( Cf. la naissance du vibrato classique en II)


La venue du vibrato amène le succès de l’instrument et de Marcel MULE. Il est reconnu par tous en tant que saxophoniste précurseur dans

la création du Boléro de RAVEL. Sa réputation s’accroît alors parmi les musiciens et les compositeurs.

Il joue dans de nombreux concerts symphoniques : à la Société des Concerts, aux Concerts Lamoureux, Pasdeloup, Colonne … . Il participe aux créations d’alors : les Tableaux d’une exposition  de MOUSSORGSKI-RAVEL, la Création du Monde de D. MILHAUD, les Choros de VILLA-LOBOS ….

Comme soliste dès 1925, Marcel MULE donne de nombreux concerts en France, Angleterre, Suisse, Allemagne, Hollande, Belgique, Luxembourg, créant et suscitant un grand nombre d’œuvres.

En 1936, devant les concerts qui s’annoncent, il quitte la Garde Républicaine. Il se consacre désormais à la double carrière de concertiste et de pédagogue.

Beaucoup de compositeurs lui ont dédié leurs œuvres : E. BOZZA, R. BOUTRY, P. BONNEAU, M. CONSTANT, R. CORNIOT, J-M. DAMASE, G. DANDELOT, A. DESENCLOS, P-M. DUBOIS, ... .

Sa carrière de soliste est couronnée par une tournée aux Etats-Unis en 1958, avec le Boston Symphony Orchestra, sous la direction de Charles MUNCH. En 1960, au sommet de son art, il décide d’interrompre définitivement ses activités de soliste.

Il préférait laisser une image intacte de sa carrière artistique plutôt que de risquer une défaillance au cours d’un concert. Il avait 59 ans.

2 – Marcel MULE : son quatuor et sa classe au CNSMP

a – le quatuor

En 1928, M. MULE fonde le Quatuor de Saxophones de la Garde Républicaine qui se compose alors de :

-         Marcel MULE, soprano,

-         René CHALIGNE, alto,

-         Hippolyte POINBOEUF, ténor,

-        Georges CHAUVET, baryton.

Quatuor de la Garde Républicaine 1937

Le premier concert a lieu à La Rochelle le 2 décembre 1928.

En 1934, R. CHALIGNE et H. POINBOEUF furent remplacés par Paul RONBY et Fernand LHOMME. Ce quatuor se fit alors entendre dans de nombreux récitals ainsi qu’à la radio. En 1936, MM RONBY et CHAUVET quittent avec Marcel MULE la Garde Républicaine. C’est R. CHARRON qui remplacera F. LHOMME dans l’ensemble, qui portera désormais le nom de : QUATUOR DE SAXOPHONES DE PARIS.

Les tournées se succèdent : France, Suisse, Belgique, … .

Le répertoire est principalement composé de transcriptions réalisées par Marcel MULE, dont certaines sont toujours jouées : l’Andante de TCHAÏKOWSKY, Le Vol du Bourdon, Sévilla, l’Ave Verum, le Menuet de BOLZONI, … .

Rapidement les compositeurs s’intéressent à la formation et ils écrivent pour elle : P. VELLONES, R. CLERISSE, puis A. GLAZOUNOV, en 1932, ensuite citons : R. BERNARD, J. FRANCAIX, J. RIVIER, F. SCHMITT, … .

Avec l’enregistrement de la pièce de G. PIERNE Introduction et variations sur une ronde populaire, Le Quatuor de Saxophones de Paris obtient le grand prix du disque en 1937. Devenu ensuite le Quatuor de Saxophones Marcel MULE, il comprendra :

-         M. MULE, soprano,

-         G. GOURDET, alto,

-         G. LACOUR, ténor,

-         M. JOSSE, baryton.

Jusqu’en 1968, les émissions de radio télévision et les tournées continueront notamment au Canada, en Afrique du Nord, en Italie.

b – la classe de saxophone du CNSMP

Sa carrière en tant que pédagogue marqua l’Ecole française classique de saxophone, dont il fut le créateur.

La classe de saxophone du Conservatoire de Paris fut créée en 1857 par Adolphe Sax et supprimée, sous prétexte de manque de crédit, en 1870. Elle n’avait jamais été rétablie. Dès 1942, Claude DELVINCOURT, directeur du Conservatoire, confie cette classe à Marcel MULE.

Depuis cette date, jusqu’à son départ à la retraite environ 80 premiers prix de saxophone sont sortis de la rue de Madrid. En 1952, triomphe de l’Ecole française au concours international de Genève (où le saxophone est admis pour la première fois), tous les lauréats viennent de Paris.

En province, des postes de professeurs sont tenus par des disciples de Marcel MULE. De nombreux élèves étrangers sont venus à Paris pour étudier et ont fait briller l’Ecole française hors de nos frontières : Etats-Unis, Canada, … .

Marcel MULE a également produit des cahiers de gamme et de nombreuses transcriptions de morceaux de compositeurs classiques.

Il a été fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1958 pour services rendus à l’art.

Marcel MULE a marqué le saxophone tant par sa carrière de soliste que par son travail de pédagogue au Conservatoire de Paris. C’est du fait de cette dernière fonction qu’il a analysé le vibrato du saxophone pour ses étudiants.


II – Les apports musicaux et techniques de Marcel MULE

Marcel MULE a institutionnalisé le vibrato au saxophone (A) et il a contribué à l’évolution technique de l’instrument (B).

        A / Le vibrato

1 – Comment Marcel MULE est venu au vibrato

Quand Marcel MULE est arrivé à Paris, il a entendu des orchestres de jazz, il a été surpris voire scandalisé de découvrir des saxophonistes un peu bizarres, « des sons de chèvre, une espèce de vibrato ». Le jazz a donc amené le vibrato, évidemment trop prononcé, Marcel MULE estimait que « l’on pouvait en tirer quelque chose en le disciplinant ».

Quand il joue dans des orchestres de variété ou de jazz, il rajoute le vibrato tout en l’adoucissant pour une sonorité plus séduisante, plus chatoyante. Il le domestique et le normalise pour le classique, pour étendre le moyen d’expression en relation avec le vibrato du violon.

Il est séduit par le vibrato du corniste, DEVEMY, du flûtiste, MOYSE et du hautboïste MOREL, qui vibre depuis 1920. Il fut influencé aussi par l’écoute des plus belles voix de l’époque qui confirmèrent sa conviction.

A la Garde Républicaine, Marcel MULE jouait droit et n’usait du vibrato que dans les orchestres de jazz.

La première fois qu’il essaya de vibrer très légèrement, ce fut à l’Opéra Comique en 1929 dans Evolution de LENFANT.

Marcel MULE raconte comment cela s’est produit :

« En 1928, il y a eu à l’Opéra Comique un ballet écrit par un bon musicien, pianiste, qui me connaissait comme saxophoniste de jazz. Dans le blues, il avait écrit une phrase en dehors, très expressive au saxophone. A la répétition, je joue comme d’habitude comme si j’avais joué Werther, pas autrement. Alors il me dit :

-         «  J’ai écrit très expressif, ce qui veut dire avec vibrato »

-         Je lui dis : « mais ici on n’est pas habitué à jouer de cette façon-là, c’est un orchestre symphonique pas un orchestre de jazz. »

-         « Cela ne fait rien, jouez comme vous avez l’habitude dans le jazz !»

-         « Bon mais vous l’aurez voulu » et je croyais que cela allait faire un scandale.

Et j’ai joué cette phrase, en me modérant quand même et cela lui a plu. Les musiciens ont été impressionnés, j’entendais des réflexions bienveillantes. Certains croyaient que c’était un nouveau qui arrivait. Moi qui craignais un scandale ; cela a été un succès. Mes collègues de la Garde m’ont dit : « Tu devrais jouer comme cela à la Garde ». 

Il recommença dans le Fou de la dame de DELANNOY, puis dans Werther.

En 1930 il se hasarda à mettre ses conceptions en pratique à la musique de la Garde Républicaine. Encouragé par ses collègues, il adopta définitivement cette façon de jouer.

Son plus gros succès fut dans la création du Boléro de RAVEL.


2 – La technique du vibrato

Marcel MULE conseille de travailler sur des notes tenues et de l’appliquer à des phrases, notamment dans les études de FERLING. « Je l’ai imposé à mes élèves tous prêts à se laisser convaincre ».

La vitesse normale correcte se situe autour de 300 ondulations à la minute. Considérant que le vibrato est fait d’une note plus haute et d’une note un peu plus basse, il faut donc baisser un peu, pas trop, à une certaine cadence.

« Je faisais faire une note sans vibrato, et ensuite une note plus basse avec le même doigté et la même embouchure. Et puis, je faisais accélérer et il se produisait une ondulation pour le travail à 300 ondulations par minute. C’est cela le début du travail, sans être prisonnier au point de toujours compter.

Mais en mettant son métronome à 75 cela fait quatre vibrations par battement. Si on le met à 100, cela fait trois ; si on le met à 150, cela fait deux. Si on le met à 60, c’est un peu plus difficile, cela en fait cinq. Mais on y arrive très bien.

Je conseillais de faire ce travail et de l’appliquer ensuite à des lignes mélodiques et de contrôler toujours la vitesse, qu’elle ne soit pas excessive ni dans un sens ni dans l’autre, et ne pas descendre en dessous, car c’est le « oua-oua » que l’on entend quelques fois chez certains instrumentistes. »

Pourquoi travailler le vibrato au métronome demandait un flûtiste ?

« Avec un élève, qui jouait pas mal du tout mais qui avait, à mon avis, un vibrato trop serré, j’avais un mal fou à le faire passer à la vitesse inférieure. Avec le métronome, je lui imposais une vitesse et le résultat était magnifique.

C’était mon point de vue et en somme je n’ai pas changé puisque l’expérience m’a prouvé que c’était un succès. A partir de cela, l’instrument a été reconnu par beaucoup. »

A l’époque, y avait-il d’autres méthodes d’enseignement du vibrato ?

« VIARD, l’un de mes concurrents, faisait beaucoup parler de lui. Il vibrait en bougeant le genou. Quand il jouait du soprano, c’était très compliqué, il jouait le soprano calé sur l’alto ! »

Marcel MULE n’a pas uniquement contribué au succès musical de l’instrument mais aussi à l’évolution technique du saxophone.

       B / L’évolution du saxophone : de SAX à MULE

1 – de SAX

Adolphe SAX est l’inventeur du saxophone.

Cet instrument appartient à la famille des aérophones, qui ont pour principe la résonance d’une colonne d’air circulant dans un conduit d’une forme donnée. Cependant le saxophone est une sous famille de sa catégorie. En effet, il est le seul instrument faisant l’association d’un excitateur en anche (simple) de roseau, d’un tuyau conique et parabolique comme résonateur, avec une mise en vibration effectuée par le souffle du musicien.

Dans le cas du saxophone, le principe de trous percés dans la paroi qui peuvent être obturés par des dispositifs mécaniques, permettent de modifier la longueur de la colonne d’air.

Adolphe SAX a tout d’abord créé le saxophone baryton.

Le fils d’Adolphe SAX, lui-même prénommé Adolphe, a apporté les progrès suivants sur l’instrument original de son père :

-         pose de petits boutons de nacre pour l’emplacement des doigts,

-         adaptation de clefs supplémentaires, facilitant encore l’exécution sur l’instrument,

-         mise en place de petits rouleaux (type à aiguille), pour les auriculaires notamment, permettant de glisser plus facilement d’une note à l’autre,


-         sur l’extrémité de la culasse une nouvelle cheminée abaisse d’un demi-ton supplémentaire soit jusqu’à sib,

-         simplification de la clef d’octave.

En décembre 1921, SELMER a créé en collaboration avec les ateliers Adolphe SAX fils le premier modèle de saxophone moderne (alto). En 1928, SELMER rachète les ateliers Adolphe SAX fils et entreprend alors la production des cuivres, dont la fabrication était bien maîtrisée par SAX.

2 – à MULE

En 1928, Marcel MULE est devenu essayeur chez COUESNON. Il a participé à la fabrication d’un alto qui a eu beaucoup de succès. D’ailleurs MULE a joué avec pendant 18 ans, jusqu’en 1948.

Par la suite, il est allé chez SELMER, où il a mis au point et participé au lancement du MARK VI, saxophone mythique. En effet, lancé en 1954, ce saxophone sera commercialisé jusqu’en 1974. Pendant ces vingt années, SELMER aura vendu plus de 170.000 exemplaires.


CONCLUSION

Créé par un inventeur de génie, Adolphe SAX, joué par des instrumentistes virtuoses, tels que Marcel MULE ou S.M. RASCHER, le saxophone avait et a forcément un avenir certain dans tous les styles de musiques du passé et de l’avenir.


BIBLIOGRAPHIE

Livre :

Le Saxophone de l’Association des saxophonistes de France.

Parution :

La lettre du musicien n°234 de la 1ère quinzaine de mars 2000.

Articles de Presse :

« Le saxophone concertant » de Christine BERGNA, paru dans Le Journal de la CMF n°486 de février 2000.

« L’histoire du vibrato sur le saxophone » interview de Marcel MULE par Claude DELANGLE, parue dans Association Internationale pour l’Essor du Saxophone APES n°23 de novembre 1994.

Vidéocassette :

Marcel MULE, film de Gilles MARTIN, Service Audiovisuel du CNSMDP.

Sites Internet :

Saxoweb quebec

Uiliseas saxophone

ARTICLE PARU DANS L'EDITION du 27 Décembre 2001
DISPARITION

MARCEL MULE

MARCEL MULE, saxophoniste français, est mort, mardi 18 décembre, dans sa résidence des Alpes-Maritimes, à l'âge de cent ans. Né le 24 juin 1901, formé tout d'abord au violon puis à l'harmonie par Caussade au Conservatoire de Paris, Marcel Mule découvre le saxophone à l'adolescence et s'y consacre dès lors totalement. Soliste à la Musique de la garde républicaine de 1923 à 1936, il fonde en 1928 le Quatuor de saxophones. Ce groupement deviendra plus tard le Quatuor de saxophones de Paris, et c'est avec celui-ci qu'il crée le Quatuor de Glazounov et le Petit Quatuor de Jean Françaix. Professeur au Conservatoire de Paris à partir de 1942 et jusqu'à sa retraite, Marcel Mule a formé plusieurs générations de saxophonistes et transcrit de nombreuses oeuvres pour son instrument. Plusieurs compositeurs ont écrit pour lui, notamment Vellones (Concerto, 1935), Bozza ( Concertino ), Tomasi ( Ballade ), Ibert ( Concertino da camera ).

ARTICLE PARU DANS L'EDITION du 1Janvier 2003
DISPARITIONS

Daniel Deffayet
Grand praticien et pédagogue du saxophone

LE SAXOPHONISTE français Daniel Deffayet est mort vendredi 27 décembre à Paris. Né le 23 mai 1922 à Paris, il représentait la lignée française des grands praticiens et pédagogues de l'instrument.

Après des études de solfège et de violon, Daniel Deffayet décide, à douze ans, d'étudier le saxophone, un instrument dont il avait fait la découverte grâce aux enregistrements du virtuose Marcel Mule. Ce dernier l'initie à l'instrument puis fait entrer son élève à sa classe au Conservatoire national de Paris, quand celle-ci est créée, en 1942.

Au Conservatoire, Daniel Deffayet obtient les premiers prix de saxophone (1943), de musique de chambre (1944), de violon (1945) et d'harmonie (1945). A partir de 1940, il remplace Marcel Mule dans beaucoup d'orchestres parisiens, notamment à l'Opéra et à l'Opéra-Comique.

De 1966 à sa mort, Herbert von Karajan fera de lui le saxophoniste soliste de l'Orchestre philharmonique de Berlin lors de concerts et d'enregistrements d'importance. Le plus connu de ces disques est peut-être celui de L'Arlésienne , de Georges Bizet, pour Deutsche Grammophon.

A partir de 1948, Deffayet commence une carrière de professeur, d'abord dans des établissements municipaux et en province, avant de prendre la succession de la classe de son professeur, Marcel Mule, au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où, pendant vingt ans, il formera de nombreux élèves. En 1953, Daniel Deffayet fonde le Quatuor de saxophones Daniel Deffayet - sur le modèle du Quatuor de saxophones de Paris, créé par Marcel Mule en 1928 -, formation avec laquelle il fait de nombreuses tournées internationales, jusqu'en 1988, date à laquelle le quatuor est dissous.

répertoire de quatuor

Daniel Deffayet devait créer de nombreuses oeuvres écrites à son intention par Pierre Hasquenoph, Roger Boutry, Antoine Tisné, Alain Weber, Jean-Michel Damase ou Jean Martinon. Outre ses participations discographiques en tant que soliste d'orchestre, Daniel Deffayet a enregistré de nombreuses pièces concertantes ainsi que le répertoire de quatuor de saxophones.

P/ Renaud Machart

 

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La dernière mise à jour de ce site date du 03/06/05